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    Vente des collections personnelles de Sylvie Loussier à la boutique L'Île aux Fées

  • Portrait

    Pourquoi avoir choisi la mode enfantine ?

    Je n’ai pas choisi la mode enfantine pour une simple et bonne raison, c’est qu’il n’y avait pas de mode enfantine en 1969 !

    A l’époque on habillait les enfants dans un classicisme français, hérité du début du siècle. C’était très joli d’ailleurs, surtout pour ce qui concernait les vêtements de fête extrêmement élégants…Pour le reste, c’est-à-dire pour le quotidien, comme les enfants souvent élevés par les domestiques ne venaient au salon que pour dire bonjour - ou bonne nuit- les habits étaient des langes, des chemises assez informes, etc…les vêtements ne répondaient à d’autres exigences que pratiques. On privilégiait le rose, le ciel et le blanc, couleurs faciles à mettre ensemble dans la lessiveuse. Et puis cette layette était bien souvent fabriquée à la maison par les grand-mères. On ne l’achetait pas dans des boutiques, c’est à la maison qu’on préparait le trousseau des bébés.

    On cousait beaucoup à la maison et on tricotait aussi…

     

    Quand j’étais une jeune maman dans les années 60, il est vrai qu’existait déjà la marque PRENATAL. Fonctionnelle et ultra basique, c’était une véritable institution.

    Comme son nom peu poétique l’indiquait, on y trouvait layette, landaus, accessoires de nursery, etc…une sorte de bazar…

    Et puis existait aussi à Paris un superbe magasin :« la Châtelaine » dont l’enseigne évoquait un style très traditionnel, un classicisme élégant franco-anglais, où l’on trouvait des merveilles, à des prix que je qualifierai de …justifiés.

    Rien de tout cela ne me convenait…J’avais envie de changer un peu les choses pour mes enfants. C’est alors que j’ai commencé à créer mes premiers vêtements pour mon 5ème bébé, sans autre but que celui de l’honorer, de l’embellir et de m’amuser.

    Enfant, étiez-vous déjà sensible aux vêtements et à l’art ?

    Oui, en class j’aimais beaucoup le dessin, la couture, le tricot, la peinture…le cinéma aussi, où je passais mes après-midis quand l’école m’ennuyait. J’ai aussi toujours adoré la musique…c’est mon oxygène.

     

    Je pense que l’influence de ma mère y est pour quelque chose. Issue d’une famille Basque espagnole, émigrée au XVIIème siècle au Pérou, elle jouait naturellement du piano, de la harpe et de la guitare. Elle n’était jamais allée à l’école. Elle n'était jamais sortie seule avant son mariage.

    Je me souviens aussi d’elle me dessinant des poupées de papier et des vêtements pour pouvoir les habiller. Elle dessinait très bien.

    Puis, vers l’âge de dix ans, j’ai fait une garde-robe complète, plus de 300 vêtements pour mon minuscule nouveau-né en celluloïd. Tout le monde l’aurait trouvé très laid mais moi il me plaisait ! Je le regrette aujourd’hui amèrement, mais, vers mes quinze ans, jugeant que j’étais maintenant presque adulte, je l’ai offert avec toute sa garde-robe à ma cousine Mirabelle. C’était une marque de grande affection !

    Le monde de l’enfance vous a donc toujours inspirée ?

    Oui, surtout celui des bébés. D’ailleurs c’est un monde que je n’ai jamais vraiment quitté...

    J’étais en troisième au lycée lorsque j’ai suivi l’exemple de ma meilleure amie Danièle et suis devenue comédienne en herbe à la radio puis à la télévision à Alger, dans l’émission enfantine que dirigeait José PIVIN.


    Je me suis liée d’amitié avec toute l’équipe qui m’a très rapidement confié la direction d’une émission pour les enfants. Je faisais tout moi-même : l’histoire, les décors et même les chansons…

    Cette expérience m’a donné envie d’entrer à l’IDHEC (aujourd’hui appelé La FEMIS) car mon rêve était de devenir metteur en scène. Mais cela n’a duré que deux ans car j’ai rencontré mon mari musicien...à la télévision.

    J’ai interrompu mes études, pour me marier et fonder une famille

    Pourquoi avoir attendu votre 5ème enfant pour créer ?

    Je m’amusais déjà beaucoup en habillant mes premiers enfants à ma manière, bien différente des codes de l’époque. J’ai dans la tête l’image de ma fille Hélène à deux ans, assise sur un piano avec une sorte de combinaison aux motifs exotiques…. Rien à voir avec les cols à dentelles et layettes roses de l’époque.

     

    Et puis à la naissance de mon petit Pierre, alors que j’habitais dans une grande maison isolée dans la forêt de Rambouillet et que mon mari était très souvent en tournée de concert, j’ai eu envie d’autre chose. Je ne voulais plus juste pouponner…,

    C’est alors que j’ai commencé à faire des tenues pour cet enfant.

    Je me suis vite prise au jeu et avec l’aide de Maria, la nounou de mes enfants et bras droit qui m’a suivie jusqu’au bout, nous avons créé nos premiers modèles. Puis Dany notre secrétaire et ma sœur !…. Elles se sont mises au tricot… Un vrai petit atelier familial ! C‘était tellement joyeux ….

    Quels étaient les premiers modèles ? Quelles ont été les réactions ?

    L’un des tout premier modèles fut un cardigan, un gilet tricoté, noir, en laine du CHAT BOTTE, cette si jolie marque de laine aujourd’hui disparue… La couleur noire n’était pas utilisée pour les enfants à cette époque! Je ne cherchais pas du tout à innover, juste à habiller mon petit garçon d’une façon qui me plaisait. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Je me souviendrai toujours du regard apitoyé de la charcutière qui m’a dit « Mais pourquoi vous l’habillez comme ça ? Le pauvre, il est si beau…» A l’inverse mes amies se sont enthousiasmées et me disaient toutes « On voudrait les mêmes ».

    Col pétale

    Comment cette distraction s’est-elle transformée en Petit Faune?

    Je n’avais aucune ambition commerciale mais, à force d’entendre dire « tu devrais vraiment en faire quelque chose », je me suis laissé convaincre et j’ai décidé de relever le défi. Soutenue par mon frère qui travaillait alors chez Dior Lingerie, j’ai pu obtenir un rendez-vous chez Marèse, marque de bonneterie alors assez réputée.

    Pour l’occasion, je m’étais acheté une belle petite valise en peau de veau blanc, dans laquelle j’avais précieusement mis mes tout premiers modèles : Le cardigan noir, le chemiser au col pétale, réminiscence des grands cols portés par mon frère, la maxi-brassière en maille, longue jusqu’aux pieds, le babybag, salopette fine fermée au niveau des pieds et bien sûr des brassières en liberty.

    En voyant mes modèles le directeur de Marèse a ouvert des yeux ronds et m’a dit : « Madame, vous êtes une petite bourgeoise qui s’ennuie, retournez à votre famille »

    Ceci ne vous a néanmoins pas arrêtée, qu’avez-vous fait ensuite ?

    Cela aurait pu me décourager, mais, en fait, cet homme m’a donné des ailes.

    J’ai surtout fait une rencontre incroyable: J’ai eu la chance d’entrer en contact avec François Hérail. Jeune décorateur talentueux, il avait conçu les boutiques de bijoux « Fabrice » rue Bonaparte. Il m’a tout de suite soutenue. C’est lui qui a trouvé et décoré ma première boutique.
    Il a fait par la suite une grande carrière de créateur de bijoux, avec notamment la marque POIRAY.

    Comment était votre première boutique ?

    Située au 28 rue Bonaparte, c’était, à l’origine, une épicerie de beurre-œufs-fromages, un petit espace de 20 mètres carrés à peine, tout en largeur. Difficile d’y imaginer des mamans avec leurs nouveaux nés et pourtant, François Hérail en a fait la boutique de mes rêves.

     

    A ma demande il l’a conçue comme une nursery blanche, toute en coton piqué avec des tables à langer. Dans la vitrine nous avons installé un parking-bébé dans lequel les clientes pouvaient laisser leur enfant pour aller faire leurs courses dans le quartier.

    Aujourd’hui, avec toutes les règles de sécurité, ce serait impossible, mais à l’époque cela a eu un succès fou !

    C’est aussi à François Hérail que je dois la fabuleuse idée des panoplies que l’on voit maintenant partout. Pour permettre aux bus et voitures, passant devant la vitrine à toute allure, d’avoir un aperçu de la boutique en un clin d’œil, nous avons présenté des tenues complètes, à plat dans des cadres, comme des tableaux.

    La poignée de la porte était une gigantesque épingle à nourrice.

    Quelles ont été les réactions à l’ouverture de la boutique Petit Faune ?

     

    La boutique a ouvert en juin 1970 et l’engouement a été immédiat probablement à cause du parking bébé et des panoplies sur lesquelles les tenues évoquaient la silhouette des tout petits.

    Il y avait une queue immense, comme lors de l’ouverture de Pierre HERME. Tous les journaux en parlaient.

    La boutique a vite séduit les célébrités, on y voyait Madame Pompidou, Jane Birkin…. Je ne m’en rendais pas trop compte à l’époque, mais la notoriété s’est construite toute seule à une allure assez fulgurante. J’avais, il faut le dire, une remarquable petite attachée de presse, Michèle CAUDAL.

    Nous avons donc dû ouvrir une seconde boutique, un peu plus loin dans la même rue, en 1974, puis une troisième 33 rue Jacob en 1976, puis au tout nouveau Forum des Halles, puis rue de Courcelles…

    Très vite des acheteurs étrangers sont venus chez nous : des américains, mais aussi des japonais. Nous avons ensuite eu deux boutiques à Tokyo, deux à New York, une à Munich, une à Barcelone et puis, beaucoup plus tard, vingt franchises en France.

    Après François Herail y a-t-il eu d’autres rencontres importantes ?

    Oui bien sûr, plusieurs. Notamment celle avec Nicole Lambert. Alors qu’elle était élève aux Arts Déco, il lui avait été demandé d’illustrer 6 pages sur Petit Faune, pour un article du magazine Parents.

    En voyant ses dessins, j’ai été subjuguée. Elle avait reproduit avec une grande minutie toute ma collection. On y voyait tous les détails, chacune des mailles, le point de riz, chaque petite fleur de liberty etc…

    J’ai donc demandé à la rencontrer. Je me souviendrai toute ma vie de son arrivée dans la boutique. Elle avait une frange noire, une coupe au carré, un rouge à lèvres très vif et une immense cape de laine noire. Elle ressemblait à ses dessins. A partir de cette rencontre est née une grande amitié « pour toute la vie ».

    Nous avons d’abord créé des posters ensemble, puis elle s’est occupée de toutes les illustrations de la marque.

    Plus tard c’est aussi Nicole qui a sculpté deux statues de Petit Faune, l’une cousant, l’autre tricotant, devant la boutique pilote « ouvrages Petit Faune » ouverte rue de Rennes, en 1982.

    Et pourquoi le nom de Petit Faune ?

    Je voulais un nom français, j’ai donc feuilleté le dictionnaire et suis tombée sur le nom « faune » qui m’a tout de suite évoqué « L’après-midi d’un faune » de Debussy.

    J’ai décidé d’appeler la marque Petit Faune.

    Quant à Baghère, crée en 2004, c’est le surnom que m’a donné mon petit-fils Charles, qui n’arrivait pas à prononcer « Grand-mère ».

    Pour répondre à la demande de Petit Faune comment était organisée la production ?

    Au début c’était vraiment très artisanal, tout était fait à la main.
    Je revois notre Maria cousant les premiers cols, la voisine couturière assemblant les petites chemises…

    J’ai ensuite commencé à faire produire la maille en Italie, près de Turin. Je me souviendrai toujours de ma première visite à l’usine. Je leur avais envoyé tous mes prototypes faits main qu’ils avaient adaptés à leurs machines. Pour la première fois, j’avais une vue d’ensemble sur ma première collection. C’est à ce moment-là que je me suis sentie pleinement investie.

    Mais très vite, il a fallu produire à plus grande échelle, j’ai donc profité de notre déménagement en Provence pour y concevoir un véritable atelier de textile et de maille. Nous avons acheté des machines à coudre, des machines à tricoter et embauché 75 femmes de viticulteurs, à domicile.
    Tout était fabriqué, assemblé et emballé chez nous.

    La vie à Miraval a fasciné la presse ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

    Au cœur de la Provence, dans cet endroit merveilleux, nous avons, comme aurait dit Alphonse Allais, « amené la ville à la campagne ».

    Nous avons lancé le vin « Château Miraval » en replantant des vignes.

    Mon mari y a créé le plus grand studio d’enregistrement d’Europe dans lequel ont été enregistrés entre autres, Pink Floyd, Indochine, Sting, …Ces artistes vivaient sur place avec leurs musiciens, pendant des mois parfois.

    Quant à moi, j’y ai monté mon propre atelier de conception, ainsi qu’un l’atelier de production, avec vingt cinq personnes : patronnières, couturières, finisseuses, qui assemblaient les différents morceaux collectés dans toute la campagne environnante. Une vraie ruche dans un cadre magnifique, la nature à perte de vue…

    De nos jours c'est le domaine d'Angelina Jolie et Brad Pitt.

    Vous avez créé un nombre incalculable de modèles, comment sont-ils nés ?

    Je les dois en partie à la presse qui a grandement stimulé mon imagination en me demandant constamment des nouveautés à présenter dans leurs magazines.

    Mon attachée de presse me disait « Sylvie, il y aura deux pages sur vous, vite il faut trouver quelque chose à leur montrer ». Quasiment chaque semaine, il fallait innover.

    Je me souviens qu’un jour j’ai enveloppé le petit Pierre dans un tissu « fermière » pour en faire un porte-bébé ! Un succès incroyable…

     

    Et puis parfois Les clientes m’ont inspirée. Par exemple à force de voir des petites grand-mères venir devant la boutique avec leurs carnets de croquis pour reproduire les modèles de la vitrine, j’ai eu envie de leur faire plaisir.

    Cela m’a donné l’idée de lancer les « ouvrages petit Faune ».

    Vendus par correspondance tout d’abord et puis plus tard dans la chaîne de boutiques franchisées, ils proposaient tous les éléments nécessaires à la fabrication de modèles « à faire soi-même », les laines, les tissus, les boutons, les patrons et les explications…

    Une autre fois, alors que nous avions présenté des poupées en liberty, côte à côte, dans l’Express, une lectrice m’a écrit en demandant si elle pouvait commander le boulier liberty. Elle nous a ainsi donné l’idée qui a eu ensuite un grand succès.

    Il faut dire que Mikkie Malsan faisait pour nous des jouets fabuleux !

    Le liberty fait vraiment partie de votre univers, pouvez-vous nous en dire plus ?

    A l’époque, en 1969, le liberty était quasi inexistant en France. Le seul à l’utiliser était Cacharel, pour ses chemisiers femme.

    Si aujourd’hui le liberty est associé à la mode enfantine, ce n’était pas le cas à ce moment-là.

    Depuis toujours, fascinée par la beauté picturale de ces cotonnades anglaises, je me suis très vite renseignée sur le moyen de rencontrer le représentant de ces délicieux Liberties.

    On m’a alors dit que l’agent de Liberty était un homme d’affaire redoutable, très déplaisant, qui s’appelait Gilbert SAADA.
    Je lui ai téléphoné : « Monsieur : il paraît que vous êtes très désagréable et que vous allez me refuser vos tissus. Pourtant j’aimerais beaucoup vous acheter du liberty ». Il a accepté de me rencontrer et de là, est née une grande histoire d’amitié.

    Normalement les quantités d’achat minimum exigées étaient énormes et pour une minuscule marque comme la mienne, elles étaient absolument inaccessibles, mais GIGI a fait une exception pour nous : Il a accepté de commander des milliers de mètres et de ne les facturer qu’au au fur et à mesure de nos besoins.
    Je dois une fière chandelle au désormais adorable GIGI !

    Non seulement avez-vous révolutionné les tissus mais aussi les coupes de la garde-robe enfantine, n’est-ce-pas ?

    C’est vrai. Construire un vêtement d’enfant comme une miniature d’adulte m’a toujours paru un non-sens complet. Un bébé n’est absolument pas une réduction d’un corps adulte, ni même d’un enfant « debout ». Un bébé a une morphologie et des mouvements qui lui sont propres et qu’il faut respecter. Par exemple un bébé n’a pas de cou, un col standard serait caché entre son visage rond et sa poitrine. Pour le faire ressortir il faut élargir le col, d’où l’idée du col pétale. De même un nouveau-né ne tient pas ses bras le long du corps, il est donc mal à l’aise dans des manches de chemise, mieux vaut des manches raglans.

    Rien ne sert de travailler sur des mannequins parfaits, s’ils ne correspondent pas à la réalité. Je crois qu’il faut toujours partir du vécu et non d’idées abstraites ou de théories.

    Comme je n’ai pris de cours ni de stylisme ni de modélisme, je ne savais pas faire un patron.

    Pour créer mes modèles je suis partie du vivant, du concret. Je prenais petit Pierre dans un tissu et fabriquais un vêtement sur lui…avec des épingles. J’ouvrais ensuite cette maquette à plat, pour en faire le patron…C’était bizarre parfois…

    Dans mes coupes je vais toujours à l’essentiel. Je marie des éléments qui vont bien ensemble, dans un but unique : le Style. Comme disait Givenchy « le Style n’a jamais tort ». Cet habitué de la boutique achetait toujours le même modèle pour ses cadeaux de naissance. C'est lui qui m'a donné le titre « HAUTE COUTURE POUR BÉBÉ » pour mon livre de vêtements à faire soit même. Il est vrai que la mode se démode, tandis que le style, jamais.

    C’est exactement comme dans une salade composée, ( j’aime bien cette métaphore), il ne faut y associer que les ingrédients qui iront bien ensemble et non pas utiliser tout ce qu’on a sous la main. En effet, comme disait Robert Bresson, « en Art on a toujours trop de moyens », il y a une infinité de possibles mais la vraie réussite c’est d’atteindre une simplicité heureuse. Il est plus difficile de n’avoir que peu de moyens à disposition, c’est vrai, mais cela permet peut-être d’aller plus sûrement à l’essentiel. J’aime l’expression « la simplicité éprouvée » pour parler de mon travail.

    Innovation des tissus, des coupes mais aussi des couleurs ?

    Pour ma part, si j’ai très peu utilisé les couleurs primaires c’est par respect pour la beauté tout en délicatesse de la complexion d’un bébé, de sa grâce, de sa douce nature, de son absence de brutalité.

    J’ai aussi choisi mes coloris en considérant que la tenue vestimentaire de l’enfant se devait d’être en harmonie avec la modernité de celle de sa maman, comme un ensemble pictural. L’un doit répondre à l’autre et ils doivent mutuellement se mettre en valeur.

    Quant au noir pour un bébé? Comme un écrin pour un bijou précieux, le noir permet d’éliminer tout ce qui s’inviterait autour de ce gracieux visage. Le noir exalte la pureté diaphane de la peau, l’or pâle d’une boucle blonde.

    Trop souvent jugée comme une couleur triste et inadaptée pour les enfants, le noir, bien au contraire, sublime la fraîcheur et les nuances douces de leur palette.

    A cette base noire, j’ai associé l’écru, le taupe, le vert amande, l’ardoise, le rose poudré, l’ocre des poteries provençales, l’or des tournesols …

    Comment s’est passée votre enfance en Afrique, comment a- t-elle influencé votre parcours ?

    Quatrième de cinq enfants, j’ai passé mon enfance en Algérie. Dès mon plus jeune âge, j’ai joui d’une immense liberté. Pourvu que je sois présente aux repas je pouvais faire absolument tout ce que je voulais. Cela m’a donné très tôt un esprit d’indépendance, atout majeur mais aussi encombrement … Je n’ai jamais bien supporté, ni de diriger, ni d’être dirigée. Enfant, je n’étais pas scolaire, je n’aimais pas les cadres ou les règles.

    Et puis, la notion de groupe m’était étrangère…Encore aujourd’hui…

    Quant à l’Algérie, sa beauté est dans mon cœur…

    J’ai aussi, de ma famille, reçu une morale, un code de conduite. S’il est vrai que je fonctionne à l’intuition, je n’oublie jamais cette parole de mon père « De la dignité et de la tenue en toute circonstance ».

    Considérez- vous donc votre autonomie comme une force ?

    Je ne me suis jamais posé cette question, mais oui , bien sûr, elle fait partie de moi, tout comme la solitude.

    Je n’ai jamais attendu quoi que ce soit, ni de la mode, ni d’une grande école, ni des autres. J’ai toujours cherché les choses en moi. Comme si c’était en moi que, tous comptes faits, se trouvait La Vérité. Ce qui ne veut pas du tout dire que c’est moi qui détiens la vérité, bien au contraire. Elle est cachée en moi, et je la cherche. Pas besoin d’aller très loin…C’est déjà ça, pour moi qui n’aime pas tellement les voyages.

    Je ne me suis jamais imposé de contraintes dictées par l’extérieur, j’ai suivi mes goûts et envies. Comme l’a dit Catherine Deneuve le mot le plus important c’est « désir »…

    Encadré bien sûr…On n’est pas tout seul !

    Comment avez vous développé votre

    créativité ?

    Le mot créativité m’a toujours fait rire. Pour moi, c’est un mot volé au bon Dieu. Nous ne créons pas, tout existe déjà, nous cherchons des associations d’idées qui nous ramènent à lui. Nous n’avons pas à devenir artistes, nous le sommes, tous. Nous avons les ressources en nous. Notre seul guide devrait être le Beau et le Bon…

    Il me semble que La méthode de « création », apprise dans les écoles de mode, pourrait s’en inspirer. Au lieu d’apprendre, il faut comprendre, ouvrir le champ des possibles, être curieux surtout, s'écouter, toujours!

    Comment alors faire éclore ces ressources artistiques?

    Je crois profondément qu’il y a un processus de création commun à tous les arts.

    Et puis, contrairement à Serge G ( « la chanson est un art mineur », il n'n pensait pas un mot! ), je dirais qu'il n’y a pas d’at mineur. Il n’y a que des artistes mineurs.

    La première approche de l’art est une phase passive. Elle consiste à se mettre en état de totale disponibilité, comme une éponge, à développer une curiosité insatiable, à ouvrir grands tous ses sens, à observer le monde qui nous entoure, à s’intéresser à tous les domaines. Il faut être un « chercheur de beauté ».. Il faut se laisser imprégner, voilà tout…

    Je crois aussi beaucoup aux accidents, au hasard, non ! Plutôt au destin. Je suis persuadée que nous recevons sans cesse des signes. La vie nous propose, si nous sommes attentifs…

    La beauté peut se trouver partout : dans la nature, dans la rue, dans la maison, dans les gens…

    Quelle est la phase suivante, que faire de toutes les expériences et ressentis accumulés ?

    Comment savoir …

    Il y a, dans toute entreprise, pour ce qui me concerne en tous cas, trois étapes :

    - Une phase de gestation. C’est un travail qui se fait tout seul, en interne, de façon quasi inconsciente, une organisation des éléments de mémoire, propre à chacun.

    - Et puis, il y a l’élan qui nous donne envie de transmettre tout ce qui a pu s’élaborer dans notre tête, tout ce qui nous a été donné et que nous avons transformé, un élan vital, une énergie, un désir. On parle souvent de volonté mais je crois davantage à la passion, elle est sans limite. Sans elle, la vie n’a pas d’intérêt pour moi … J’aime beaucoup parler du processus de la création artistique à partir de l’art culinaire. Pour que « prenne » une mayonnaise ? Il faut au préalable avoir su associer l’huile, l’œuf et le sel …Et la recette fonctionne !

    Pas besoin d’autre chose ..il y a le choix des ingrédients dans tous les arts et puis leur aménagement...

    La cuisine est un art, bien sûr…

    C’est le désir qui permet d’avoir la confiance en soi nécessaire pour croire en son talent et inventer l’association des éléments qu’on va choisir parmi tous ceux que la vie nous a proposés.

    Il reste ensuite à transmettre, car il n’y a pas d’art sans communication. Comment redonner? Au théâtre on dit que le message doit « passer la rampe », il faut, en effet avoir le sens du public, de la salle. Dans la mode c’est généralement par le Marketing qu’on prétend envoyer son message.

    Cela dit, je pense que les grands artistes ont déjà en eux ce sens de la communication.

     

    Ces trois phases sont essentielles à la création : d’abord la réception puis la fabrication et enfin la transmission. C’est le parcours des plus grands : Bach, Monet, Gainsbourg, Stromae….Rebuchon.... ....Tous ces gens-là swinguent !

    Si le terme de créatrice ne vous convient pas comment vous définiriez vous ?

    Je suis à ma façon une chercheuse de la beauté. Et, comme disait Platon, le Beau et le Bon sont une seule et même chose. A mes yeux le vêtement doit exalter la personnalité de celui qui le porte, lui permettre de la faire rayonner, de se prolonger dans l’espace :

    La vie de la personne devrait se prolonger par le vêtement qu’elle porte.

    En tant que chercheuse, j’ai aussi un côté scientifique. Je recherche constamment la justesse des proportions, l’équilibre parfait. Ce qui ne veut pas dire que je les trouve…( Picasso, lui, disait « je ne cherche pas, je trouve », c’est vrai aussi!)

    Je me définirais comme une aventurière, j’ai un grand goût du défi. Le défi m’a apporté bonheur et malheur… et ce n’est pas fini, dans la vie rien n’est joué d’avance.

    En tous cas, pour moi, l’Aventure a été au coin du berceau !

    Souvent en décidant de prendre la rue de droite ou celle de gauche, je me dis que je joue mon destin, puisqu’une seule rencontre peut tout changer…

    Comment trouvez - vous la mode d’aujourd’hui ?

    En tant que styliste, je n’ai jamais prêté attention à ce que faisaient les autres autour de moi, ni suivi les tendances, même si on est imprégné par son époque, évidemment.

    J’ai suivi mon instinct et mes envies. Je me suis bien amusée!

    Quant à la mode actuelle, en existe-t'-il vraiment une? Je ne sais pas…Je reconnais certains styles, bien entendu, mais je ne sens aucun fil conducteur collectif aujourd’hui, comme si chacun devait s’imposer, faire autorité, seul et le plus rapidement possible, sur toute la planète, et dans un temps extrêmement bref.Un emballement…

    C’est l’un des reflets de notre société actuelle, me semble-t-il…

    C’est la rue qui fait le Style bien souvent, on y voit d’extraordinaires personnages !

    Et la mode du passé ? Certaines décennies vous ont elles inspirées ?

    Oui ! certainement ! Le Moyen-Age pour sa sobriété, sa simplicité, la qualité des matières. Dans un tout autre registre, les années 40 avec l’idée d’une silhouette complète, une coiffure, un look fini de la tête aux pieds. Mais aussi la mode hippie des années 70, avec son explosion de couleurs et de motifs, sa liberté. Le Japon aussi: ce sens parfait des proportions, ces structures carrément mathématiques, une noblesse des formes, une grande spiritualité, du grand art …

    En regardant en arrière considérez vous avoir réussi votre carrière ?

    Il m’est difficile de raisonner en termes de carrière car je n’ai jamais considéré ce que je faisais comme une carrière, mais comme un bonheur, une joie. C’est devenu un métier finalement, c’est vrai, ça l’est devenu… Je me suis plutôt pensée comme juste une personne qui ressemble au « ravi » de la crèche, et puis une femme, une mère…

    « Qui trop embrasse mal étreint » dit-on … Oui, peut-être. En tous cas ma « carrière » s’est construite à mon insu, en même temps que ma vie de famille. Je n’ai pas tout maîtrisé, certainement pas… Mais enfin, j’ai relevé quelques défis. J’ai aimé l’action, j’ai presque toujours choisi l’action. Je suis dans le « faire ». Chez moi, la pensée vient après le faire. Ce sont les émotions et le ressenti qui m’ont toujours guidée, mais toujours aussi j’ai obéi à une implacable morale, sans laquelle je n’aurais pas eu de colonne vertébrale :

    J’ai été très bien élevée.

    La réussite? Je ne pense pas dans ces termes.

    Si je suis devenue une meilleure personne qu’à mon arrivée sur terre, alors oui, je suis assez contente de moi. Ce serait cela la réussite

    Mais je ne sais pas ce qu’en pensent les autres….

    Alors comment imaginez vous les années à venir ?

    J’aimerais vivre encore vingt-ans. J’ai tant de projets, tant de choses encore à découvrir. Plus les années passent, plus je suis curieuse, il y a tant de domaines que j’aimerais approfondir : j’ai envie de me remettre à la sculpture, à lire, à penser aussi…Il en serait grand temps…

    Examiner mes souvenirs avec délectation…Les revisiter.
    A ce propos je me souviens de la façon dont est né le parfum « Petit Faune ».

    J’avais pris le bateau à Marseille pour aller en Algérie, avec ma fille qui n’avait qu’un mois, portée dans un couffin garni de balle d’avoine. A l’arrivée sur le port d’Alger, comme j’attendais mon père qui devait venir me chercher, je l’ai prise dans mes bras pour l’embrasser et de son tout petit cou s’est dégagé une odeur divine, née d’un mélange de chaleur torride du soleil algérien et de la douceur de sa peau de bébé.

    Après, bien après, Monique Shlinger, un « nez » célèbre, et moi-même, nous avons cherché à retrouver cette émotion olfactive.

    C’était bien…

    Propos recueillis par Sybille de La Presle

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  • On parle de Sylvie Loussier

    SYLVIE LOUSSIER & NICOLE LAMBERT... UNE LONGUE HISTOIRE !

    http://www.les-triples.com/actus/la-revue-de-presse/603-sylvie-loussier-nicole-lambert-une-longue-histoire.html

    J’ai rencontré Sylvie Loussier lorsque j’étais une toute jeune dessinatrice,
    et qu’elle remarqua les illustrations que j’avais faites de ses modèles dans le magazine « Parents ». Elle demanda à me rencontrer.
    Le cœur battant, je poussai la porte de la boutique de la rue Bonaparte et entrai dans l’univers délicieux, élégant et fantasque de cette boutique célèbre dans le monde entier, Petit Faune,
    la première maison de couture pour enfants.
    Je ne savais pas alors qu’allaient se nouer une collaboration et une amitié qui dureraient toute ma vie ! J’ai vite été chargée
    de toute l’image graphique de la marque, du papier à lettres aux tissus imprimés, des fresques dans la boutique et aux posters.
    Sylvie est un curieux mélange : du côté paternel, ses ancêtres Tournemire, fougueux chevaliers auvergnats, la terre, la noblesse et la force. Du côté maternel, les épices, l’indolence, la musique d’Amérique du Sud. Mélangez, ajoutez une enfance passée en Algérie dans un éblouissement de couleurs, et vous obtiendrez, comme un parfum dont les différents ingrédients secrètement dosés composent une fragrance exceptionnelle, une artiste qui ne ressemble à rien de ce que l’on a vu auparavant.
    J’ai beaucoup appris auprès de Sylvie. Elle a un sens étonnant des volumes et des couleurs. Avec elle tout devient inattendu, jamais vu, magique. Le plus gros travail n’est jamais laborieux. Je n’ai jamais rien su lui refuser ! Quand elle me demanda de sculpter, grandeur nature, deux petits faunes pour l’entrée de la boutique d’ouvrages,
    je n’ai pas hésité et je suis devenue sculpteur.
    Quelques années après Petit Faune, quand elle créa la marque Baghère (nom dont la baptisa son premier petit fils qui n’arrivait pas à dire Grand-Mère), j’étais aussi de l’aventure.
    Quand mes enfants sont nés, elle a été leur marraine à tous les deux. Outre de merveilleux trousseaux sortis des archives de Petit Faune, elle leur a offert des choses inoubliables. Une maison de poupée ancienne pour ma fille, pour mon fils un vieux coffre mystérieux. Quand il l’ouvrit, fou de curiosité, une odeur de poivre et de cannelle envahit l’atmosphère.. Il y trouva toutes les affaires d’un pirate, un drapeau à tête de mort brodé à la main, un pistolet, des pierres précieuses dans un sachet de cuir, le portrait miniature d’une fiancée, quelques pièces d’or et une bouteille de rhum dont il eut droit de boire quelques gouttes au goulot.
    C’est la magie de Sylvie. Créer des choses excellentes, que ce soit une boutique, des livres d’ouvrages si bien faits qu’ils se passeront de mères en filles, ou d’une petite robe d’enfant dont on se souviendra toujours.

    Sylvie Loussier ouvrira les tiroirs de sa collection lors d'une vente privée
    du 9 au 31 mai 2018 de 14h à 19h
    à l'Île aux Fées - 66, rue Notre Dame des Champs, Paris VI
    Tel : 01 43 25 07 59

     

    http://www.les-triples.com/actus/la-revue-de-presse/603-sylvie-loussier-nicole-lambert-une-longue-histoire.html

  • Photos

    c'est le printemps!

    coucou!

    comme des dragées....

    premier soleil

    bonne nuit!

    au jardin!

    1970

    panoplies d'été

    en vacances

    à la campagne...

    le boulier, la souris et les ours

    les petons

    la rentrée

    panoplies d'automne

    au Luxembourg

    Panoplies d'hiver

    Au jardin

    Laine doublée

    Hiver rose

    La fête

    Invitation

    Noël

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